Désir, plaisir &  transgression

Pourquoi l'interdit peut-il sembler excitant ?

Dans la littérature comme au cinéma, les récits qui nous touchent le plus profondément mettent souvent en scène des personnages qui osent braver un interdit. De Roméo et Juliette à Titanic, l’amour semble parfois décuplé lorsqu’il se heurte à des obstacles. Le risque, la crainte d’être découvert, ou encore l’impossibilité de vivre pleinement une situation contribuent à maintenir notre attention et à intensifier la charge émotionnelle du récit.

Mais pourquoi l’interdit exerce-t-il parfois une telle emprise sur nous ? Et pourquoi certaines personnes semblent-elles davantage portées par la transgression que d’autres ?

La réactance psychologique : vouloir ce qu’on nous refuse

Une première réponse nous vient de la psychologie sociale. En 1966, le psychologue américain Jack Brehm a formulé la théorie de la réactance psychologique. Lorsqu’une liberté est menacée ou restreinte, nous ressentons spontanément le besoin de la reconquérir. C’est ce mécanisme qui pousse un adolescent à qui l’on interdit une sortie à en avoir subitement encore plus envie — ou qui rend un aliment soudainement tentant dès qu’il est banni d’un régime. Il s’agit d’un phénomène qui vient renforcer l’opposition. Pour le contrer, on aide le patient à mettre en lumière les différents choix qui s’offrent à lui par rapport à cet interdit. Lorsqu’on est face à un choix, la réactance psychologique prend beaucoup moins de place. Par exemple, « je ne peux pas manger de sucre donc quels sont tous les aliments que je peux manger qui peuvent me procurer du plaisir gustatif ? » ou encore « Je ne peux pas tromper mon / ma partenaire donc qu’est-ce qui peut me re-connecter au plaisir au sein même de cette relation ? ». On amène le patient à être acteur de sa propre vie et non passif face à ses pulsions. En thérapie ACT (thérapie de l’acceptation et de l’engagement), on choisit les valeurs qui sont importantes pour nous, on choisit les actions que l’on pose allant dans le sens de ses valeurs. Le choix permet de maintenir un sentiment de contrôle et de liberté.

L’interdit ne crée donc pas le désir de toutes pièces, mais il peut en amplifier considérablement l’intensité.

Le cerveau en quête de récompense

À cela s’ajoute le fonctionnement de nos circuits cérébraux. Face à une situation perçue comme nouvelle, risquée ou défendue, le cerveau active davantage les zones liées à la motivation et à l’anticipation de la récompense. Cette activation peut rendre l’expérience particulièrement attrayante — parfois même avant qu’elle ne soit vécue.

On associe souvent cette réaction à la dopamine, à tort qualifiée d’« hormone du plaisir ». En réalité, la dopamine intervient surtout dans l’envie, l’anticipation et l’élan vers l’action. Le neuroscientifique américain, Kent Berridge établit d’ailleurs une distinction fondamentale entre le wanting (vouloir) et le liking (apprécier). Autrement dit, nous pouvons désirer intensément quelque chose sans en retirer autant de satisfaction une fois l’expérience vécue. Ce qu’on veut n’est pas forcément ce qu’on apprécie réellement, cela s’observe d’ailleurs au travers des addictions. Ce neuroscientifique a réussi à mettre en lumière, à travers ses expériences empiriques, le fait que le système dopaminergique n’augmente pas le plaisir mais augmente significativement la tentation.

Cette nuance est précieuse : elle explique pourquoi certaines personnes se retrouvent à courir après des expériences toujours plus intenses, sans jamais se sentir vraiment rassasiées. Le plaisir ne croît pas proportionnellement à l’intensité. Et pourtant, notre cerveau peut progressivement confondre excitation et satisfaction.

Fantasme et passage à l’acte : une frontière essentielle

Il est ici important de distinguer le fantasme du passage à l’acte. Un fantasme est une construction intérieure, un scénario imaginé qui appartient pleinement à notre vie psychique. Il n’implique ni projet, ni intention réelle d’agir. Nous pouvons fantasmer des relations extraconjugales, des situations intimes extrêmes, sans jamais souhaiter les concrétiser.

En sexologie, cette nuance est fondamentale. Nombre de fantasmes tirent précisément leur puissance érotique de leur caractère imaginaire ou transgressif. Ils offrent un espace mental d’exploration, sans que la réalité n’ait à être traversée.

Des tempéraments différents face à la transgression

La recherche de nouveauté joue également un rôle important dans cette dynamique. Dans les années 60, le psychologue américain Marvin Zuckerman a développé une théorie sur la recherche de sensation. Il a montré que nous ne sommes pas tous égaux face au besoin de stimulation. C’est le seuil de stimulation qui varie d’un individu à l’autre, sans pour autant que ce soit pathologique. Selon lui, la recherche de sensation est un trait de personnalité. Certaines personnes sont naturellement attirées par le risque, l’imprévu ou les expériences hors du commun. Cela ne signifie pas qu’elles franchiront nécessairement les limites — mais lorsque la quête d’intensité devient le moteur principal, il peut devenir difficile de distinguer ce qui procure un véritable plaisir de ce qui provoque simplement une forte activation émotionnelle. Par exemple, lorsqu’une personne entretient une relation secrète, ce qui l'attire n'est pas nécessairement l'autre personne elle-même. Parfois, c’est le secret, le risque, l’interdit et l’impression de vivre quelque chose d’exceptionnel qui intensifient l’excitation.

Quand l’intensité devient un piège

En consultation, il n’est pas rare de rencontrer des personnes prises dans cette boucle : elles ont progressivement confondu intensité et plaisir, et ne parviennent plus à ressentir quoi que ce soit dans les situations calmes, prévisibles ou sécurisantes. Le quotidien leur semble terne. Elles cherchent sans cesse la prochaine montée d’adrénaline — et parfois, la transgression devient le seul carburant qu’elles connaissent encore.

C’est précisément dans ces moments qu’un accompagnement thérapeutique peut faire toute la différence. Un thérapeute permet de comprendre ce qui se joue réellement derrière cette quête d’intensité, de comprendre sa fonction pour la personne, de démêler les fils entre désir authentique et compulsion, et de retrouver progressivement d’autres formes de plaisir — plus douces, plus durables, plus cohérentes avec soi. On cherche à élargir les sources de stimulation plutôt que de dépendre exclusivement de la transgression. On observe bien souvent qu’une personne ne cherche pas forcément à se mettre en danger mais plutôt à se sentir vivante. C’est un bon moteur pour trouver des alternatives.

Des approches comme les thérapies ACT peuvent également aider à observer ses impulsions sans y répondre immédiatement, et à renouer avec une relation plus apaisée à ses propres désirs.

Ce que l’interdit révèle de nous

Si l’interdit nous attire, c’est rarement la transgression en elle-même qui en est la cause. C’est l’intensité émotionnelle qu’elle génère. Apprendre à reconnaître cette différence — et à en parler dans un espace sûr — constitue souvent le premier pas vers une vie intérieure plus libre et plus choisie.

Couple Vs amitiés

Faut-il se confier sur son couple à ses amis ?

Quels sont les points de vigilance à considérer ?

Dans tous les types de couples, les amitiés respectives ne posent pas de problème en soi. La plupart des amitiés peuvent être saines et soutenantes pour l’individu et/ou pour le couple. La nature du lien amical qui se construit en parallèle du couple, quant à elle, peut parfois en fragiliser l’équilibre.

En effet, il arrive qu’une intimité parallèle émerge lorsque les confidences se répètent et que le soutien émotionnel se déplace vers une personne extérieure. Ce déplacement est généralement progressif, subtil et non intentionnel. Cela n’empêche pas que le déséquilibre devienne réel.

De plus, il est pertinent de questionner la manière dont le ou la partenaire est intégré·e dans le cercle amical. Quand une relation est saine, elle peut exister au grand jour, tant d’un côté que de l’autre. Les espaces amicaux respectifs peuvent rester différenciés sans pour autant être hermétiques.

En revanche, on peut faire preuve de vigilance lorsqu’un·e ami·e exclut systématiquement le ou la partenaire. Différents enjeux relationnels peuvent alors être latents, comme le désir d’exclusivité, une rivalité implicite, des difficultés à accepter la relation, de la jalousie, des intentions ambiguës ou une attirance non dévoilée.

Il ne faut cependant pas généraliser : ces situations deviennent problématiques lorsqu’elles sont répétées.

Par exemple, Marie et Maël sont en couple depuis 2 ans. Elle est amie de longue date avec Thomas. Thomas évite les contextes où il est confronté à Maël, favorise les moments en tête-à-tête avec Marie et il lui arrive d’exprimer des réserves sur leur relation.

Marie, pour éviter de mettre Thomas ou Maël mal à l’aise, compartimente ses relations. Elle se confie à son ami sur les difficultés qu’elle rencontre dans son couple, et rarement sur les aspects positifs. Thomas la conforte dans ses idées et les alimente. Il la met parfois en garde.

Maël ressent cet écart qui se creuse. Il l’exprime, mais ne se sent pas entendu. Les tensions dans le couple apparaissent à mesure des échanges et des rencontres entre Marie et Thomas.

Progressivement, Marie prend conscience qu’elle n’a jamais vraiment cherché à créer un lien entre eux. Elle se sent coupable vis-à-vis de Maël et commence à s’interroger sur les enjeux de sa relation amicale. Doit-elle faire un choix entre sa relation de couple et sa relation amicale ?

D’un point de vue clinique, ce type de situation met en évidence une tension fondamentale : le besoin de soutien extérieur et le risque d’influence. Il est essentiel de pouvoir trier l’information perçue, de pouvoir la remettre en question.

Un regard extérieur peut être juste, relativement objectif, bienveillant et nuancé, mais il peut aussi être biaisé par des enjeux relationnels implicites ou explicites. Lorsque c’est possible, il est intéressant de questionner ces enjeux et de les considérer dans les échanges.

À l’inverse, certain·es ami·es peuvent jouer un rôle réellement protecteur. Si, dans votre cercle amical ou familial, plusieurs personnes qui ne se connaissent pas attirent votre attention sur des éléments similaires — comme des signes de violences potentielles, de contrôle, de dévalorisation ou de mal-être — cela mérite d’être pris au sérieux.

Ainsi, croiser les regards peut aider à se faire sa propre idée, à voir ce que l’on ne perçoit pas encore comme problématique.

Dans une situation comme dans l’autre, on a tout intérêt à développer son esprit critique afin de se sécuriser soi-même et de sécuriser l’espace couple. Dès lors, on peut se demander : d’où vient cet avis ? Que dit-il de la personne qui me le donne ? M’aide-t-il ou entretient-il une vision négative de ma relation amoureuse ?

Savoir faire le tri, c’est faire preuve de maturité relationnelle.

Pour résumer, il y a trois signaux d’alerte importants à repérer lorsqu’ils s’inscrivent dans la durée : l’exclusion systématique du ou de la partenaire, un discours continuellement négatif émanant toujours de la même personne, et un manque de respect assumé (dénigrement, insultes ou propos disqualifiants).

Comment recadrer et poser ses limites avec un.e ami.e?

On peut simplement rappeler à l’autre que le respect est indispensable, que soutenir ne revient pas à attaquer, et que la réalité est plus complexe que ce que l’on exprime verbalement dans une émotion désagréable.

Si malgré cela, l’ami·e outrepasse ces limites, prendre de la distance devient une manière de se protéger et de protéger son couple.

Au-delà des relations amicales et familiales, faire tiers avec une personne complètement extérieure peut trouver tout son sens.

Si vous ne parvenez plus à savoir à quel “son de cloche” vous référer, que vous ne parvenez plus à trier l’information seul·e, que c’est le brouillard complet entre ce que vous ressentez, ce que vous disent vos proches et ce que vit votre partenaire, alors consulter peut être une ressource précieuse.

Un·e thérapeute de couple, un·e psychologue ou un·e sexologue peut vous aider à y voir plus clair, vous accompagner dans un processus d’introspection et/ou accompagner votre couple pour faciliter la communication, exprimer ses besoins, ses valeurs et ses limites. C’est un espace neutre où les éléments peuvent être remis en perspective, où l’on peut clarifier ce qui appartient au couple, ce qui relève de l’histoire personnelle et ce qui est influencé ou non par l’entourage.

Dans le courant systémique, on considère que le couple est intégré dans un réseau relationnel et subit donc des influences. L’objectif n’est pas de s’en couper, mais de les comprendre et de les nommer.

Bref, parler à un·e ami·e peut s’avérer très utile, mais avant de le faire, il est important d’être à l’écoute de l’émotion qui nous anime, de la conscientiser, de la verbaliser si possible, afin d’éviter de biaiser sa compréhension de la situation.

Si vous vous êtes confié·e hâtivement — cela arrive — il est toujours possible de rééquilibrer votre discours en nommant également ce qui se passe bien, ce qui vous transporte et vous soutient dans votre couple, afin d’éviter de tomber dans le clivage.

Le "délibat", de quoi parle-t-on exactement ? 

Dans ce nouvel article, Pauline apporte des explications sur ce qu'est vraiment le "délibat", ce célibat choisi.

Notre sexologue explore des facteurs sociologiques et psychologiques qui entrent en jeu dans ce choix libre et éclairé.

Le célibat peut être choisi, toléré ou subi. Il peut susciter de la peur, de la colère, des doutes lorsqu'il survient inopinément et parfois brutalement. Se (re-)construire après une rupture peut nécessiter du temps. C'est parfois se confronter à une période de deuil, à des émotions désagréables, à de la confusion et à des difficultés d'acceptation. Chez CELA, vous trouverez un soutien sur mesure vous permettant de rebondir sereinement, vous serez accompagné durant chaque étape, qui petit à petit, vous mènera à une vie pleine sens qui raisonne avec vos valeurs profondes. Progressivement, vous passerez de "Mais qu'est-ce que je vais devenir sans lui / elle ?!" à "Pourquoi je n'ai pas entamé ce travail plus tôt ?".

Entamer un processus thérapeutique suite à une rupture, c'est progressivement passer du refus de la rupture, à la tolérance pour enfin arriver à l'acceptation.

Pourquoi trouver l’amour est-il si compliqué aujourd’hui ?

Dans cet article du Sud Info Max, Pauline, conceptrice et co-fondatrice de CEL-A, analyse les paradoxes des rencontres amoureuses à l’ère des applications et des réseaux sociaux.

À travers ses observations cliniques, issues de consultations, de groupes de parole et d’événements conviviaux sur la sexualité, elle met en lumière les freins relationnels contemporains : anxiété sociale, prudence accrue, optimisation de l’image de soi, abondance de choix, mais aussi la quête d’authenticité et de sens.

Lorsque la rencontre amoureuse devient un défi du quotidien, CELA vous accompagne dans vos démarches en explorant vos freins, vos besoins, vos limites et vos valeurs. Mieux se connaître soi pour mieux rencontrer l'Autre, c'est de cette manière que nous soutenons quotidiennement les personnes en carence de repères dans ce tumulte d'informations que constituent les rencontres amoureuses en 2026. 

Peut-on vraiment tomber amoureux de l'I.A. ?

Dans cet article, Pauline explore l’émergence des attachements émotionnels envers les intelligences artificielles et ce qu’ils révèlent de nos besoins relationnels contemporains.

À partir de son expérience clinique et de l’observation du terrain — consultations, groupes de parole et rencontres organisées par CEL‑A — elle met en lumière les mécanismes psychologiques à l’œuvre : projection affective, recherche de sécurité relationnelle et transformation des attentes envers le lien humain.

L’article propose une lecture clinique accessible de ce phénomène, entre évolution technologique et vulnérabilités affectives contemporaines.

Si vous vous rendez compte que l'IA prend trop de place dans votre vie, que vous en arrivez à négliger les relations avec vos proches, que vous mentez parfois aux autres à propos de l'importance / la fréquence de son usage, vous rentrez probablement dans une boucle d'addiction à l'I.A.. Heureusement, vous n'êtes pas seul.e, CELA vous accompagne dans l'amélioration de votre qualité de vie. Notre objectif n'est pas de pousser nos patients à arrêter d'utiliser l'I.A. mais de les aider à l'utiliser de façon plus consciente et responsable. 

Aucun témoignage n'est disponible