Couple Vs amitiés
Faut-il se confier sur son couple à ses amis ?
Quels sont les points de vigilance à considérer ?
Dans tous les types de couples, les amitiés respectives ne posent pas de problème en soi. La plupart des amitiés peuvent être saines et soutenantes pour l’individu et/ou pour le couple. La nature du lien amical qui se construit en parallèle du couple, quant à elle, peut parfois en fragiliser l’équilibre.
En effet, il arrive qu’une intimité parallèle émerge lorsque les confidences se répètent et que le soutien émotionnel se déplace vers une personne extérieure. Ce déplacement est généralement progressif, subtil et non intentionnel. Cela n’empêche pas que le déséquilibre devienne réel.
De plus, il est pertinent de questionner la manière dont le ou la partenaire est intégré·e dans le cercle amical. Quand une relation est saine, elle peut exister au grand jour, tant d’un côté que de l’autre. Les espaces amicaux respectifs peuvent rester différenciés sans pour autant être hermétiques.
En revanche, on peut faire preuve de vigilance lorsqu’un·e ami·e exclut systématiquement le ou la partenaire. Différents enjeux relationnels peuvent alors être latents, comme le désir d’exclusivité, une rivalité implicite, des difficultés à accepter la relation, de la jalousie, des intentions ambiguës ou une attirance non dévoilée.
Il ne faut cependant pas généraliser : ces situations deviennent problématiques lorsqu’elles sont répétées.
Par exemple, Marie et Maël sont en couple depuis 2 ans. Elle est amie de longue date avec Thomas. Thomas évite les contextes où il est confronté à Maël, favorise les moments en tête-à-tête avec Marie et il lui arrive d’exprimer des réserves sur leur relation.
Marie, pour éviter de mettre Thomas ou Maël mal à l’aise, compartimente ses relations. Elle se confie à son ami sur les difficultés qu’elle rencontre dans son couple, et rarement sur les aspects positifs. Thomas la conforte dans ses idées et les alimente. Il la met parfois en garde.
Maël ressent cet écart qui se creuse. Il l’exprime, mais ne se sent pas entendu. Les tensions dans le couple apparaissent à mesure des échanges et des rencontres entre Marie et Thomas.
Progressivement, Marie prend conscience qu’elle n’a jamais vraiment cherché à créer un lien entre eux. Elle se sent coupable vis-à-vis de Maël et commence à s’interroger sur les enjeux de sa relation amicale. Doit-elle faire un choix entre sa relation de couple et sa relation amicale ?
D’un point de vue clinique, ce type de situation met en évidence une tension fondamentale : le besoin de soutien extérieur et le risque d’influence. Il est essentiel de pouvoir trier l’information perçue, de pouvoir la remettre en question.
Un regard extérieur peut être juste, relativement objectif, bienveillant et nuancé, mais il peut aussi être biaisé par des enjeux relationnels implicites ou explicites. Lorsque c’est possible, il est intéressant de questionner ces enjeux et de les considérer dans les échanges.
À l’inverse, certain·es ami·es peuvent jouer un rôle réellement protecteur. Si, dans votre cercle amical ou familial, plusieurs personnes qui ne se connaissent pas attirent votre attention sur des éléments similaires — comme des signes de violences potentielles, de contrôle, de dévalorisation ou de mal-être — cela mérite d’être pris au sérieux.
Ainsi, croiser les regards peut aider à se faire sa propre idée, à voir ce que l’on ne perçoit pas encore comme problématique.
Dans une situation comme dans l’autre, on a tout intérêt à développer son esprit critique afin de se sécuriser soi-même et de sécuriser l’espace couple. Dès lors, on peut se demander : d’où vient cet avis ? Que dit-il de la personne qui me le donne ? M’aide-t-il ou entretient-il une vision négative de ma relation amoureuse ?
Savoir faire le tri, c’est faire preuve de maturité relationnelle.
Pour résumer, il y a trois signaux d’alerte importants à repérer lorsqu’ils s’inscrivent dans la durée : l’exclusion systématique du ou de la partenaire, un discours continuellement négatif émanant toujours de la même personne, et un manque de respect assumé (dénigrement, insultes ou propos disqualifiants).
Comment recadrer et poser ses limites avec un.e ami.e?
On peut simplement rappeler à l’autre que le respect est indispensable, que soutenir ne revient pas à attaquer, et que la réalité est plus complexe que ce que l’on exprime verbalement dans une émotion désagréable.
Si malgré cela, l’ami·e outrepasse ces limites, prendre de la distance devient une manière de se protéger et de protéger son couple.
Au-delà des relations amicales et familiales, faire tiers avec une personne complètement extérieure peut trouver tout son sens.
Si vous ne parvenez plus à savoir à quel “son de cloche” vous référer, que vous ne parvenez plus à trier l’information seul·e, que c’est le brouillard complet entre ce que vous ressentez, ce que vous disent vos proches et ce que vit votre partenaire, alors consulter peut être une ressource précieuse.
Un·e thérapeute de couple, un·e psychologue ou un·e sexologue peut vous aider à y voir plus clair, vous accompagner dans un processus d’introspection et/ou accompagner votre couple pour faciliter la communication, exprimer ses besoins, ses valeurs et ses limites. C’est un espace neutre où les éléments peuvent être remis en perspective, où l’on peut clarifier ce qui appartient au couple, ce qui relève de l’histoire personnelle et ce qui est influencé ou non par l’entourage.
Dans le courant systémique, on considère que le couple est intégré dans un réseau relationnel et subit donc des influences. L’objectif n’est pas de s’en couper, mais de les comprendre et de les nommer.
Bref, parler à un·e ami·e peut s’avérer très utile, mais avant de le faire, il est important d’être à l’écoute de l’émotion qui nous anime, de la conscientiser, de la verbaliser si possible, afin d’éviter de biaiser sa compréhension de la situation.
Si vous vous êtes confié·e hâtivement — cela arrive — il est toujours possible de rééquilibrer votre discours en nommant également ce qui se passe bien, ce qui vous transporte et vous soutient dans votre couple, afin d’éviter de tomber dans le clivage.
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